jeudi 15 mars 2012

Forum mondial de l'eau. Les puits en Provence

Bien avant la création du Forum mondial de l'eau, la gestion de cette dernière était déjà une problématique en Méditerranée depuis plusieurs siècles! Comment gérer les maigres ressources, les répartir équitablement... un casse-tête depuis bien longtemps. Malins et ingénieux les habitants du Sud ont construit notamment de nombreux puits, partons à leur recherche en Provence!



Rue du petit puits, escaliers du puits, Marseille compte des dizaines de noms de rues qui retracent l’histoire des puits de la cité. On aimerait en connaitre tout les détails comme pour la rue de la fille du puisatier !

Ces rues sont évocatrices d’une Provence passée… Maintenant patrimoine, ces puits étaient vitaux auparavant ! 







Dès la création de la cité de Marseille les premiers puits ont été creusés. La ville repose sur quatre nappes phréatiques situées à faible profondeur, elles sont alimentées par l’eau de pluie et le ruissellement des collines environnantes. Les premiers habitants de la cité se sont alimentés facilement en eau en creusant des puits peu profonds. Les phocéens à l'époque utilisaient alors seulement deux nappes phréatiques à l’aide de puits et de citernes. Durant l’Antiquité la construction d’égouts couverts et de thermes ont commencé, Massilia était alors peuplée par 10 000 habitants. Au 18ème siècle on comptait 10 à 12000 puits dans la ville !

Malgré cette profusion les premiers soucis d’alimentation et du partage de l’eau se sont fait sentir. Une ordonnance royale a été créée spécialement pour Marseille, des consignes pour gérer, contrôler l’eau et entretenir les structures. Un marché de l’eau qui a créé de nouveaux métiers comme garde puits, fontainiers, médiateurs etc. Les deux dernières nappes phréatiques ont été exploitées en 1829, neuf ans plus tard cela ne suffit plus et la ville de Marseille lance la construction du canal de Marseille…Les habitants n’avaient alors qu’un litre d’eau par jour !


Comme de nombreuses autres cités de Méditerranée l’alimentation en eau a été et reste toujours problématique. Un phénomène "moderne" s’y ajoute, le tourisme de masse qui multiplie la consommation d’eau.

Le puits aérien de Trans-en-Provence.                source: www.transenprovence.com


 Au début du XXI ème siècle les Etats se préoccupaient déjà de la pénurie d'eau et les idées fusaient pour trouver des solutions. En 1928 un "Congrès de l'eau" était déjà organisé à Alger! C'est là que l'idée de ce drôle de puits aérien a vu le jour.

Un ingénieur belge, Achille Knappen, eut l'idée de récupérer l'humidité de l'atmosphère pour la stocker et fournir de l'eau potable. Voici le puits aérien!

En se basant sur une amplitude de différence de température entre le jour et la nuit, le puits peut condenser la rosée. Malheureusement les conditions climatiques de la Provence ne sont pas celles du Maghreb, la nuit n'est plus fraiche que de seulement quelques degrés. Au maximum l'ingénieur n'a pu récupérer qu'un seau d'eau...Pourtant ce système reste valable pour les pays d'Afrique, une solution ingénieuse et qui ne nécessite que des matières premières (pierre et ciment). 

mercredi 14 mars 2012

Forum mondial de l'eau. La violence des pluies méditerranéennes.

Nous n'imaginons pas la région Méditerranée très arrosée et pourtant...il tombe plus de précipitations à Nice ( 862 mm /an) qu'à Paris (607 mm/an) ! Le climat méditerranéen peut être violent : très sec ou très pluvieux, mais souvent imprévisible…La violence des pluies en méditerranée est bien connue de ces habitants, il pleut pleuvoir en une journée l’équivalent d’une année de précipitations à Paris.


Ces pluies très brutales sont souvent appelées les pluies cévenoles. Un hommage aux montagnes des Cévennes qui provoquent régulièrement ce type de pluies en fin d’été. Des masses d’air instables chargées d’humidité tapent contre les montagnes et montent dans l’atmosphère. C’est comme cela que se créent ces abats d’eau destructeurs qui entrainent de grosses inondations.

Il peut alors tomber en quelques heures l’équivalent d’une année de pluie. En octobre 1988 à Nimes : 620 mm de précipitations en 48 heures c’est ce qui tombe en une année à Paris. En octobre 1940 dans les Pyrénées Orientales ce sont 1000 mm qui sont tombés en 24 heures !               

Un autre phénomène : celui de la goutte froide. Une poche d’air froid venu du Pôle Nord descend dans le Sud, le contraste avec l’air chaud de la mer Méditerranée déclenche des orages terribles et imprévisibles. 

                                     Jour d'orage sur le rivage méditerranéen.


En France le nombre de jours d’orage est de 20 en moyenne. Ce phénomène est accentué en Méditerranée, Ajaccio a le record avec 37 jours par an, en Haute Corse et dans le Haut Var cela peut monter jusqu'à 40-45 jours!  Par comparaison la Vendée, le Cotentin, la Bretagne on ne compte que 5 à 10 jours d'orage / an.


Mais il n’y a pas de vraies règles en Méditerranée, son climat particulier et unique dans le monde change rapidement. On peut voir toutes les saisons passer en une journée…la Méditerranée est une grande dame capricieuse.


mardi 13 mars 2012

Forum mondial de l'eau. La mer Méditerranée peut-elle disparaître?


Le Forum mondial de l'eau se déroule à Marseille du 12 au 17 mars 2012, tout au long de cette semaine SoloGéo vous emmène donc à la découverte de l'eau en Méditerranée sous toutes ses formes. 


Paradoxalement la Méditerranée est perçue comme une région très sèche alors qu’elle a construit sa société autour de cet élément vital. L’eau est omniprésente dans cette région qu’il s’agisse de l’agriculture, des sources, des inondations, de la gestion de l’eau potable, de la pollution des rivières, du façonnement des paysages et bien sûr de la mer Méditerranée… L’eau sous toutes ses formes, concerne à un moment donné les habitants de la région Méditerranée.

Aujourd'hui SoloGéo vous fait découvrir un pan méconnu de l'Histoire de la mer Méditerrannée, son assèchement quasi total il y a plusieurs milleirs d'années!



La mer Méditerranée pourrait-elle disparaître à nouveau ?

S’il n’y avait pas de mer, nous aurions des montagnes ! Comme celles qui séparent l’Afghanistan de l’Iran. Les montagnes couperaient alors l’Europe de l’Afrique si la mer Méditerranée n’existait pas. 


La mer Méditerranée, une mer fermée. A l'ouest entre la pointe de l'Espagne et celle du Maroc : le détroit de Gibraltar.


Actuellement l'inquiétude se porte plutôt sur la montée du niveau des océans et des mers, pourtant la disparition de la Méditerranée a déjà eu lieu.

Le niveau de la Méditerranée est mobile, il dépend en grande partie du détroit de Gilbraltar, un goulot qui laisse passer les eaux froides de l’océan Atlantique. Forcément dans le sud de l’Espagne l’eau est plus fraiche pour se baigner mais sans cet apport, la mer Méditerranée baisserait de 1mètre par an et serait vouée à disparaitre.
Avec la chaleur du climat l’eau de la mer s’évapore en grande quantité, les fleuves et les précipitations (pluies) ne compensent pas toujours cette perte.

Le détroit de Gibraltar est étroit et peu profond, large de 14 kilomètres et une profondeur de 300 mètres au maximum, il  sépare la mer de l’océan plus qu’il ne les relie. Et il peut se boucher!
C’est ce qui est arrivé pendant le messinien (fin miocène) il y a environ 6 millions d’années, la mer s’est alors asséchée durant plus ou moins 100 000 ans jusqu’à ce que le détroit se rouvre brutalement. C'est pour cela que la mer Méditerranée est aussi salée.




Maintenant un appareil de mesure surveille le niveau de notre mer, le marégraphe, installé à Marseille. La côte de la cité a été choisie car elle est réputée pour être la plus stable du bassin méditerranéen. Le marégraphe fixe le niveau zéro de la mer, pour l’instant il semble plutôt que le niveau de l’eau soit à la hausse.





lundi 12 mars 2012

Géo-Actualités. Le 6ème Forum Mondial de l'Eau à Marseille


140 pays sont réunis à Marseille pour réfléchir à un meilleur partage de l'eau.
Le 6ème Forum mondial de l'eau se tient à Marseille du 12 au 17 mars 2012, un rendez-vous organisé tous les 3 ans depuis 1997 par le Conseil mondial de l'eau. Ce forum réunit les acteurs du monde entier engagés sur la problématique de l'eau: pénurie, pollution, gestion etc....20.000 participants sont annoncés, institutions, entreprises, associations, ainsi qu'une dizaine de chefs d'État et de gouvernement, Mohammed VI du Maroc, le Tchadien Idriss Deby, le Nigérien Mahamadou Issoufou, une soixantaine de ministres, le premier ministre de l'Autorité palestinienne, Salam Fayyad, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.


Cette année les travaux sont dirigés sur "L'accès à l'eau pour tous".

Le Forum doit trouver des solutions pour assurer 12 priorités avec 3 conditions de succès (vaste tâche!) :
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12 Priorités d’Action pour l’eau

* Assurer le bien-être de tous
Garantir l’accès à l’eau pour tous et le Droit à l’Eau
Améliorer l’accès à l’assainissement intégré pour tous
Améliorer l’hygiène et la santé grâce à l’eau et à l’assainissement
Prévenir et répondre aux risques et aux crises liés à l’eau
Contribuer à la coopération et à la paix grâce à l’eau

* Contribuer au développement économique
Equilibrer les différents usages de l’eau par la gestion intégrée:
Contribuer à la sécurité alimentaire par un usage optimal de l’eau
Harmoniser l’eau et l’énergie
Promouvoir la croissance verte et valoriser les écosystèmes

* Maintenir la planète bleue
Améliorer la qualité des ressources hydriques et des écosystèmes
Ajuster les pressions et les empreintes des activités humaines sur l’eau
Faire face aux changements climatiques et globaux dans un monde qui s’urbanise
 
3 Conditions de Succès

Bonne gouvernance
Financer l’eau pour tous
Créer des conditions favorables
 
Les pistes de solution qui émergeront de ce forum seront rassemblées sur ce site Internet  www.solutionsforwater.org  accessible à tous et qui perdurera au-delà de 2012.



Site officiel du Forum mondial de l'eau: 


Le Forum est également pensé pour le public! Des villages sciences, ateliers et conférences sont accessibles à tous. Si vous êtes à proximité de Marseille profitez de ce rendez-vous mondial qui se tient exceptionnellement en France.

vendredi 9 mars 2012

Géo-Livres. Géographie et métaphysique : la drôle de tambouille d’Olivier Lemire

C'est un nouvel exemple de l’apport de la géographie dans nos vies, bien loin du cadre rigide de la discipline scolaire…Celui qui chamboule nos codes est Olivier Lemire.

Il a un parcours atypique comme de nombreux géographes : vendeur de photocopieurs à 20 ans, consultant pour une agence de design à 30, en charge des trains touristiques dans un grand groupe à 40, « correspondant géographique » à l’aube des 50 !
Ce mystico-géographe a tout plaqué pour traverser la France à pied. Des territoires, des paysages, des reliefs qu’Olivier Lemire relie avec des rencontres et le travail du « cheminement » réel sur le spirituel. Tout cela se retrouve dans son second ouvrage L’Esprit du chemin voyage aux sources du Bonheur.


  L’Esprit du chemin voyage aux sources du Bonheur, 2011, ed.Transboréal, 19.90 euros

Je m'intéresse à ce que la géographie nous apprend sur notre présence au monde. Olivier Lemire.




Olivier Lemire ne marche pas au hasard, il a trouvé le « truc » qui fait mouche : relier des lieux-dits, des communes aux noms symboliques. Dans ce livre le marcheur part de Plaisir en région parisienne traverse le Corps, l’Esprit, la Conscience, la Sagesse, l’Amitié, la Beauté, l’Inquiétude ou encore le Malheur..jusqu’à la source du Bonheur, rivière au pied du Mont Aigoual. Un cheminement qui garantit seulement au départ de nager dans le Bonheur au sens propre, mais force est de constater que le pari est réussit pour Olivier Lemire qui a ici trouvé sa voie.



                                                              Credit photo: Olivier Lemire

 
« Je cherche à montrer en quoi les questions liées à l'existence sont présentes sur le chemin de la vie mais aussi comment elles éclairent le paysage. Cet éclairage régénère l'intérêt des régions proches de nous et désacralise l'exotisme des bouts du monde, soudain banals.
Le livre "celui qui marche" tend à donner une idée de cette imbrication de la géographie et de la vie, que je trouve à la fois grave et drôle.
Je suis un correspondant géographique comme il y a des correspondants de guerre... Je raconte des histoires qui se nourrissent de ce que je vois sur les chemins, et des réponses aux questions posées aux personnes que j'y rencontre. Ces histoires sont nos histoires à tous.
Je cherche à illustrer en marchant le sentiment mélé de mystère et d'émerveillement du fait d'être posé là, sur terre. » Olivier Lemire




Retrouvez Olivier Lemire et toutes ses actualités sur son blog
www.celuiquimarche.wordpress.com



mercredi 7 mars 2012

Voir au-delà des paysages. La toundra russe.

Poutine, élections truquées (?), corruption, gazoducs...vous dîtes...Russie! Ce beau pays ne doit pourtant pas être limité qu'à ces images et son Histoire mouvementée. La Russie c'est également une géographie des grands horizons, une végétation épurée, un climat particulier.

Grattons sous la neige qui recouvre nos souvenirs de paysages russes pour découvrir la toundra.

   Paysage de toundra.                                                        credit: Dreamstime




La toundra constitue le biome qui occupe les plus hautes latitudes, elle s'étend depuis la limite naturelle des arbres jusqu'à celles des glaces polaires arctiques. 





Carte d'aire de répartition de la toundra.

La toundra est présente en Amérique du Nord et sur le continent eurasien, entre la forêt de conifères "taïga" et les glaces du continent arctique.

Toundra est un mot d'origine russe, elle se développe sur un sol gelé quasiment en permanence, le pergélisol ou permafrost . C'est de ce sol particulier que nait cette végétation, de petits arbustes, des mousses et des lichens.

Le sol est gelé en profondeur en permanence, la température y est inférieure ou égale à 0°C.  La couche de terre qui se trouve au dessus du permafrost et qui dégèle en été est appelée "zone active", elle permet le développement des plantes mais la végétation ne trouvent pas suffisamment de nutriments dans le sol pour assurer leur développement.


Toutes ces plantes ont une croissance ralentie par les conditions climatiques (gel, vents, etc.), l'alternance d'une longue nuit hivernale et d'un long jour estival et la pauvreté du sol. La terre ne porte qu'une faible activité bactérienne : elle ne décompose que très peu la matière organique qui s'accumule et donne naissance à la tourbe. 


         Toundra composée de mousses, pelouses, buissons rampants et lichens.

La toundra est une végétation basse ne couvrant pas la totalité du sol. On dit qu'elle est ouverte. 

Toundra vue satellite. Credit: Google maps

La formation, la persistance, ou la disparition du permafrost sont étroitement liés aux changements climatiques. Les scientifiques observent donc attentivement l'évolution de ces paysages. 

Selon les dernières études (source dictionnaire-environnement.com) le sol tend à rester dégelé de plus en plus longtemps chaque année.  La plus grande tourbière gelée du monde serait en train de fondre pour la première fois depuis sa formation il y a 11.000 ans.


Une tourbière est un écosystème particulier composé principalement de plantes adaptées à un milieu gorgé en eau et dont les débris s'accumulent. La lente décomposition de ces éléments produit la tourbe, matière contenant jusqu'à 50 % de carbone. L'époque de formation des tourbières remonte à +/- 10.000 ans.
Le dégel des tourbières peut avoir des conséquences sur la qualité de l'air. La tourbe génère en effet du méthane (comme les vaches!). Pour l'instant, 70 milliards de tonnes de méthane sont retenus par le permafrost. S'il devait s'échapper dans l'atmosphère dans sa totalité (ce qui est un scénario extrême)  les scientifiques craignent que cela ne contribue de façon importante au réchauffement de la planète.


vendredi 2 mars 2012

Géo-Actualités. Calcutta repeinte en bleue: masquer les problèmes avec une couche de peinture.

Cela parait improbable mais les autorités de Calcutta ont décidé de colorer peu à peu la commune en bleu ciel! Non pas pour faire joli mais pour apaiser les tensions et violences de la capitale du Bengale-Occidental...Tout un programme. Ou comment masquer les problèmes avec une couche de peinture.

Les édifices gouvernementaux, les rambardes, les viaducs et les taxis jaunes seront badigeonnés en azur. Même l'éclairage va virer au bleu! Les propriétaires privés devront également se plier à la règle à leurs frais.


Captures d'écran - CNN/IBN - crédit: Courrier International.

Une idée saugrenue du leader Mamata Banerjee (femme politique indienne, sorte de premier ministre de la région) inspirée par la devise du nouveau gouvernement: ''Le ciel est notre limite", pas la bêtise répondront certains.

Nul doute qu’un tel changement viendra à bout de tous les maux de la ville, grince The Telegraph  « un système de santé chaotique, l’incapacité à mettre en place des normes de contrôle en matière de pollution, de l’arsenic dans l’eau, des égouts et une gestion des déchets archaïque, de mauvaises routes, des bus meurtriers en guise de transport public, un aéroport ultralugubre et des peintures inestimables qui pourrissent dans les musées publics, pour n’en citer que quelques-uns». 

Le maire de Calcutta, Sobhan Chatterjee, semble approuver:« Le bleu est une couleur magnifique, et de surcroît apaisante pour les yeux.» En Inde le bleu renvoie au religieux, cette couleur est censée donner un aspect plus calme et plus propre à la ville. Il suffirait donc de peinturlurer des murs pour pallier à des problèmes d'urbanisme, d'économies ou de sécurité.

Nul besoin de préciser que l'opposition au gouvernement se déchaîne en critiques en tout genre. Pourtant Calcutta ne serait pas la première à devenir mono-couleur!

Jaipur- en Inde du Nord -a été repeinte en rose en 1876 en prévision de la visite du prince Albert! Le rose étant une couleur traditionnelle de bienvenue. 

En 2006, Aurangabad, une ville de l'État du Bihar a elle aussi été peinte en rose afin de relever "sa moralité et sa spiritualité". Cet Etat est un des plus pauvres  de l'Inde et pourtant les habitants se sont pliés de bonne grâce! 

 Batiments roses d'Auranbagad


Extrait de l'article Voir la ville en rose de www.douce.france.over-blog.com 

La cantine, au bord de la route, est rose, comme la petite école voisine, comme la totalité du pâté de maisons d'en face. La peinture est encore fraîche. Et c'est ainsi dans toute la ville. Que vous remontiez la rue principale ou que vous arpentiez les ruelles avoisinantes, vous êtes cerné par le rose, décliné dans tous ses tons, du rose bonbon au fuchsia, en passant par les pastels. Nous sommes à bien à Aurangabad, cette ville entourée de jungles, les jungles de Palamau, infestées de guérillas maoïstes . 


"C'est à cause des maoïstes que notre ville a changé de couleur", explique Ravindra Singh, de JK Motels. En fait, c'est plutôt grâce à la détermination d'un homme, décidé à égayer cette ville acculée au désespoir par les exactions des maoïstes. Un haut fonctionnaire de la région, Arvind Kumar Singh, a eu une idée lumineuse : pour permettre aux habitants de retrouver leur dignité, il a imaginé de repeindre entièrement la ville. Singh, qui vient d'être muté à Munger [à l'autre bout de l'Etat du Bihar], raconte que cette idée lui est venue lors d'un voyage à Jaipur en janvier 2006. "Quoi de mieux que le rose ? C'est le symbole de la bonne humeur, il apaise et a des vertus dynamisantes. En plus, le rose favorise les bonnes relations de voisinage et instaure une certaine harmonie." 


Son idée n'a pas immédiatement fait l'unanimité ; certains y étaient même farouchement opposés. Mais, au fil des semaines, l'enthousiasme du fonctionnaire s'est révélé contagieux. En mai 2006, plus de la moitié d'Aurangabad – boutiques, maisons, écoles et hôtels – avait été repeinte en rose. La plupart des bâtiments administratifs – le centre des impôts, le palais de justice et l'hôtel de police – sont restés jaunes comme auparavant, mais le fonctionnaire a mis en pratique ce qu'il proposait : son daftar [bureau] a lui aussi été repeint en rose. 


Quand il a reçu sa mutation, fin 2006, 90 % de la ville voyait la vie en rose. Le "mouvement rose" est en train de mourir, reconnaît Sushil Kumar Singh, ancien député d'Aurangabad, qui a lui aussi repeint la façade de sa demeure en rose. "Il s'agissait juste d'un truc psychologique pour nous remonter le moral, mais ce n'était pas une solution réaliste à nos problèmes. 


Depuis le départ d'Arvind Kumar Singh, il n'y a plus personne pour pousser les gens à habiller la ville en rose", poursuit-il.Cette idée partait d'un bon sentiment mais c'était une utopie. Le gouvernement et les gens devront prendre des mesures socio-économiques et administratives plus concrètes pour écraser la rébellion maoïste.


Et vous quelle ville de France repeindriez-vous?!!

jeudi 1 mars 2012

Géo-Actualités. Une nouvelle vision des élections avec la géo électorale!

Il est des années qui font le régal de certains, 2012 et l'élection présidentielle française sont un grand terrains d'étude pour les chercheurs en géographie électorale.


La géo ce n'est pas que l'économie, les populations ou les reliefs, il existe une multitude d'objet d'études. Par exemple la géographie de la santé, la géographie du sport...tout ce qui peut être mis en relation avec la notion de territoire et d'espace. C'est ainsi qu'est née la géographie électorale.



La géographie électorale analyse les scrutins sur deux critères d'influence: l'effet de la structure sociale et l'influence du fonctionnement des territoires sur le vote.

Avant ou après une élection les commentateurs politiques analysent les intentions de vote ou les résultats en fonction de l'âge, du sexe ou de la catégorie socioprofessionnelle des électeurs. Mais ces variables ne sont pas les seules. Les spécialistes de la géographie électorale s'intéressent à ce qu'ils appellent le "gradient d'urbanité". Derrière cette expression barbare se cache une idée au fond assez simple: selon la distance qui les sépare des grandes aires urbaines, les individus votent de façon très différente.


L'IFOP, dans une étude que Le Monde a publié cette semaine en exclusivité, en fait la démonstration.


Article du Monde publié le 28 février 2012.




Intentions de vote en faveur des trois principaux candidats au premier tour de la présidentielle.Enquête IFOP/Infographie "Le Monde" 


Cette enquête se fonde sur les données cumulées de plusieurs sondages d'intentions de vote réalisés entre le 9 janvier et le 14 février 2012. 
Au total, 8 052 électeurs ont été interrogés. 


Le principal résultat est le suivant: 


Dans les zones situées à environ 50 km d'une aire urbaine de plus de 200 000 habitants, les trois favoris du premier tour de l'élection présidentielle – François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen – obtiendraient quasiment les mêmes scores: autour de 25% chacun.



Pour le chef de l'Etat, il s'agit là d'un score assez proche de sa moyenne nationale. Pour le candidat socialiste, il s'agit en revanche d'une contre-performance. 

Dans ces zones situées à une cinquantaine de kilomètres des grandes aires urbaines, François Hollande obtiendrait des scores inférieurs d'environ 6 points à ceux qu'il réaliserait sur l'ensemble du territoire. Nulle part l'écart avec son niveau moyen d'intentions de vote n'est plus grand.

Pour Marine Le Pen, c'est exactement l'inverse. Ces territoires périurbains sont précisément ceux où elle obtiendrait ses meilleurs résultats: jusqu'à 9 points de plus que sa moyenne nationale. 

Dans ces espaces situés à une quarantaine de kilomètres des grandes villes, la présidente du Front national pourrait même arriver en tête au premier tour de l'élection présidentielle.Ce "survote" frontiste de la France périurbaine n'est pas une nouveauté. En 1995, 2002 et 2007, c'est déjà là que Jean-Marie Le Pen avait obtenu ses meilleurs résultats. Mais l'écart avec son score national était alors beaucoup plus ténu: 2 points de plus, pas davantage. Si Marine Le Pen dépasse les 16,9% de son père en 2002, elle le devra donc en premier lieu à la percée qu'elle aura réalisée dans ces territoires dont les graphiques montrent qu'ils constituent pour elle de riches viviers.

Comment expliquer ces chiffres ? La sociologie recoupe la géographie. Au cours des dernières décennies, ces grandes couronnes périurbaines ont connu de profonds bouleversements sociodémographiques. Les agriculteurs n'y sont plus qu'une poignée. Autour des vieux noyaux villageois se sont adjoints des lotissements pavillonnaires et de petits immeubles d'habitat social. Là se sont installées des populations venues des centres-villes ou, plus souvent, des banlieues proches.



"Elles sont là par choix autant que par contrainte, explique Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département opinion de l'IFOP. Le choix, c'est celui de la verdure, de la mise à distance de la grande ville et de ses nuisances. La contrainte, c'est celle du prix du foncier et de l'immobilier. Pour pouvoir acheter un petit pavillon à la propriété, les ménages modestes doivent aller de plus en plus loin."


Selon Michel Bussi, professeur de géographie à l'université de Rouen, les "frustrations sociales" générées par ce "mélange d'éloignement choisi et de relégation subie" seraient propices à l'expression d'un "vote de protestation". Selon lui, ces populations sont victimes d'une "ascension sociale inachevée". Le prix à payer pour la vie qu'ils ont choisie est élevé: emprunts immobiliers, temps de transports, éloignement par rapport aux services publics. L'isolement, qui peut être le fruit de stratégies individualistes, a aussi ses revers: le repli sur soi et le rejet de l'autre.



De la réponse qu'apporteront les candidats à la colère sourde de cette France silencieuse dépendra en grande partie le résultat de la présidentielle: 28% des électeurs vivent aujourd'hui dans ces territoires périurbains.