lundi 27 février 2012

Géo-Actualités. L'évolution de l'accouchement sous X en France

L'accouchement sous X reste marqué du sceau du secret mais une étude lève un peu le voile sur ces femmes qui ont demandé le secret de la naissance de leur enfant. 

Cette recherche a été menée durant deux ans (2007-2009) dans 83 départements de France auprès de 739 femmes. Les résultats sont publiés par l'INED, l'Institut national d'études démographiques.


accouchement sous X
     Credit: www.ined.fr

La démographie n'est pas que le comptage d'une population en fonction de son âge, de son salaire ou le recensement des naissances. La science démographique a une application très concrète dans notre vie quotidienne et permet de mieux comprendre, de mieux cerner des phénomènes de société. C'est le cas ici pour ce sujet, combien sensible, de l'accouchement sous X.



Il faut savoir que la France, le Luxembourg, l'Italie, et la république Tchèque sont les seuls pays occidentaux à autoriser les femmes à demander le secret de leur accouchement et de leur identité sur l'acte de naissance de l'enfant. 



En France le nombre d'accouchements secrets augmente sensiblement. En cinq ans il est passé de 588 par an à 700 par an. Mais derrière ce secret quelles femmes, quelles histoires?
Cette étude menée par l'Ined permet en partie de mieux les connaître. Entre 2007 et 2009 plus de 700 femmes qui avaient demandé le secret ont accepté de livrer quelques données personnelles.

Voici le résultat de cette enquête, ils sont donnés par rapport à des accouchements classiques.


L'âge. Les femmes sont plus jeunes de quatre ans en moyenne (26 ans contre 30 ans). 11 % sont mineures contre 0,5 % pour les accouchements classiques. 18 % ont entre 18 et 20 ans contre 3 %. En raison de leur jeune âge, elles sont un peu plus souvent primipares- première grossesse - (49 % contre 42 %), résident plus souvent chez leurs parents (31 %) et sont plus souvent en cours d'études (27 %). 


 Leur situation familiale. Huit sur dix ne vivent pas en couple. Le corollaire est une part importante de femmes en situation de monoparentalité (28 %).


L'absence d'autonomie financière. Trois sur quatre n'ont pas leur indépendance économique. Elles sont élèves ou étudiantes (27 %), inactives (15 %), au chômage (10 %) ou ont un emploi précaire ou un petit temps partiel (9 %).


Cependant, l'accouchement sous X est aussi pratiqué par des femmes plus âgées : 16 % ont au moins 35 ans (contre 18 %).
Une partie de ces femmes sont en couple : 15 % vivent avec le père biologique et 6 % vivent avec un autre homme. 

Par ailleurs, contrairement à une représentation largement répandue, elles ne sont pas plus souvent étrangères (9 %) ou françaises d'origine étrangère (15 %) que les autres femmes. Les plus jeunes sont toutefois plus souvent d'origine maghrébine : 14 % contre 10 % entre 18 et 25 ans.


Les mères de naissance peuvent indiquer dans le dossier destiné à l'enfant les raisons qui ont motivé leur décision. L'absence du père biologique ou son comportement sont les plus fréquentes (43 %). Puis, par ordre décroissant, les difficultés financières, un âge trop jeune, la crainte du rejet familial, des traumatismes récents ou anciens. A toutes ces difficultés, s'ajoute une découverte trop tardive de la grossesse : plus de huit femmes sur dix n'ont pris conscience de leur état qu'après la fin du délai légal pour une IVG en France. 



Après l'accouchement sous X:
Les parents de naissance disposent d'un délai légal de deux mois pour revenir sur leur décision. Avant l'expiration de ce délai, 14 % des mères ont repris l'enfant (une fois sur quatre avec le père). Parmi celles qui ne l'ont pas repris, 23 % ont laissé leur identité directement accessible à l'enfant s'il souhaite la connaitre un jour ; 31 % ont laissé un pli fermé dans lequel, en principe, elles ont noté leur identité ; 46 % n'ont laissé aucun élément permettant de les identifier.






Plus d'infos sur la démographie et ces applications: www.ined.fr

jeudi 23 février 2012

Géo-Pensées. La Terre vue par les fondamentalistes religieux.

Dans notre monde moderne nous connaissons la Terre- quasiment -sous toutes ses coutures grâces aux satellites, appareils de mesures numériques, caméras etc...Mais il est un temps (pas si lointain) où les Hommes pensaient que la Terre était plate, les Amériques n'étaient pas connues et la formation même de notre planète restait un mystère. Les choses ont bien changé avec le développement des sciences.

Toutefois l'opposition science/religion existe toujours en fonction des croyances de chacun.

Bertrand Lemartinel (Professeur à l’Université de Perpignan Via Domitia, laboratoire Médi-Terra) s'est penché sur un sujet d'étude original (et bien loin de la géo ennuyeuse des cours d'école):

L’imaginaire géographique des fondamentalistes religieux 

Pour les intégristes religieux (comme les créationnistes américains par exemple) et à travers leur vision des textes sacrés comment perçoivent-ils la Terre, ses espaces...? Une étude qui a fait l'objet d'un Café Géo à Montpellier le 17 janvier 2012 et dont voici le compte-rendu. 

 Source: http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2329

Intervention de Bertrand Lemartinel
Les fondamentalistes religieux dits aussi intégristes considèrent l’inerrance absolue des textes religieux de référence, la Bible ou le Coran. Pour eux, il n’y a aucun symbolisme dans ces textes, et aucune place n‘est laissée à leur dimension poétique.
Ces fondamentalistes vont donc interpréter au mot près ce que relatent les Saintes Écritures. Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement aujourd’hui, c’est de savoir comment ils interprètent la « face de la terre » soit comment ils s’imaginent le monde.



Il s’agit donc aussi bien d’un problème de géométrie que d’un problème de temps. En effet, le temps n’est pas réservé au seul travail des historiens, la géographie est enracinée dans l’histoire.

Ainsi nous allons d’abord nous intéresser à la manière dont les fondamentalistes religieux voient le temps de la terre.



I - L’Age de la Terre en débat


Chez les fondamentalistes, le calcul de l’âge de la Terre est assez étonnant car il se base sur une échelle de temps spécifique.
Il faut prendre note de l’existence d’un combat, peu perceptible encore en Europe, mais livré ardemment aux Etats-Unis, qui est un combat contre « la Terre jeune ». Plusieurs auteurs dont Bossuet dans son Discours de l’Histoire Universelle ont autrefois calculé l’âge de la Terre par rapport à l’échelle de temps des patriarches et ils ont trouvé que la Terre avait 6600 ans, idée encore véhiculée par les créationnistes.
Cette bataille contre la Terre jeune est active dans le Wyoming, aux Etats-Unis et elle s’appuie notamment sur l’outil internet, qui tient une place majeure dans les logiques « combattantes » actuelles du créationnisme et du fondamentalisme.



Cette échelle de temps créationniste n’est pas réservée aux Etats-Unis, car du côté de l’intégrisme islamiste, on retrouve les mêmes idées. Un professeur en activité de la Faculté des Sciences de Tunis, a calculé à partir du Coran l’âge de l’univers et de la Terre et le temps qui nous sépare du jugement dernier.
Au premier abord, cette vision des choses peut faire sourire, il s’agit pourtant de rapports très inquiétants, étant donné le poste de responsabilité scientifique occupé par cet individu et d’autres qui défendent les mêmes idées.



Il existe donc, bien que peu perceptible en Europe aujourd’hui, un combat permanent entre les individus qui prétendent que la Terre a 6 500, voire 6 600 ans, et ceux qui affirment qu’elle a bel et bien 4,5 milliards d’années.



II - La forme de la Terre et son évolution en débat


1 ) Du côté Créationniste, la séparation des continents en une semaine



Le directeur d’un institut créationniste américain que l’on pourra qualifier de « jeune Terre », tient pour vraie l’idée que la Terre avant sa création était une vaste Pangée, qui s’est fragmentée en quelques jours, ce qui ne peut s’expliquer que par le déluge.
La Bible dit dans la Genèse « en l’an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. ».
En interprétant ce verset au sens littéral, il semble que des pluies extrêmes se sont donc abattues sur la Terre et que la croûte terrestre s’est rompue, projetant ainsi en l’air des quantités considérables d‘eau qui se sont rajoutées à celles de l’eau de pluie.
Ainsi, selon cette théorie, sous la pression des eaux, les continents se sont rompus et en une semaine l’Afrique s’est séparée de l’Amérique.
A ce récit fantaisiste vient pourtant se greffer ce que les défenseurs de la Terre jeune donnent pour preuve de cet événement. Pour eux, la grande ride médio-océanique, que nous géographes appelons rift, est la marque de l’endroit où s’est produit le surgissement des eaux.



2 ) Du côté de l’Islam, la terre est plate



Bien que la thèse de la Terre plate ait été démentie depuis bien longtemps et que les compagnies aériennes du Moyen-Orient aient la preuve visible qu’il n’en est rien, les grandes autorités religieuses n’en sont pas persuadées.
En effet, en 1993, Cheikh ’Abdul-’Aziz Ibn Baaz, autorité religieuse suprême d’Arabie Saoudite, déclarait : "La terre est plate. Quiconque clame qu’elle est sphérique est un athée méritant un châtiment."
Pourtant aucune explication scientifique ne vient appuyer cette thèse fantaisiste.



3 ) La quête du paradis perdu



Cette problématique est très active dans le milieu créationniste, encore faut-il savoir comme ces fondamentalistes définissent le paradis perdu.
En réalité, il s’agit d’un thème où se mêlent discours fortement écologistes et idéologie créationniste. La thèse est que les hommes sont mauvais car ils détruisent ce que Dieu a créé parfaitement.
On arrive à une confusion dangereuse entre les problématiques bibliques et la cause environnementaliste, confusion qui se ressent jusque dans les textes de lois français !
Les conséquences peuvent être graves, étant donné que la nostalgie du paradis perdu peut aller jusqu’à la justification de certains attentats, tels que la mise en place de câbles en travers des chemins forestiers pour couper la tête des bûcherons.



D’autres discours inquiétants doivent être soulignés et notamment ceux de deux personnages connus et influents :




« Mon ami le révérend Jim Ball a écrit un nouveau livre important qui explore les connexions entre les solutions à la crise climatique et la chrétienté évangéliste » Albert Gore



« Comme le résume avec beaucoup de compétence le livre de Jim, la science montre clairement et de manière irréfutable que le changement climatique implique un challenge qu’il est nécessaire d’entreprendre. Ce challenge n’est pas seulement scientifique, il est aussi moral et spirituel, les voix des chefs religieux doivent être entendues, l’exercice de la foi peut apporter un chemin à suivre, un espoir, une inspiration ». John Houghton (ex-président du GIEC)



III - Le déluge


Bien que nous ayons déjà entamé le débat sur le sujet du Déluge comme facteur de modélisation de la planète, il est intéressant d’y revenir sur un cas particulier à savoir les Gorges du Colorado.
Selon l’hypothèse créationniste, elles auraient été creusées par la puissance des eaux du déluge lors de leur rétraction. Près de 40% des américains croient en cette théorie.



La sphère géographique peut être envahie plus facilement que la sphère géologique car les géologues sont des gens organisés scientifiquement et structurellement mieux armés contre ce genre de menaces au contraire des géographes plus fragiles, qui ont moins de crédit que les géologues et possèdent moins d’appuis scientifiques.



Les fondamentalistes rencontrent un blocage certain du côté des Facultés des Sciences et essaient donc de pénétrer les Facultés littéraires.
En effet, ils tentent de pénétrer le milieu universitaire par le biais de conférences, de publications, ou encore de la mise en ligne de devoirs scientifiques à portée créationniste.



IV - L’apocalypse



Un grand Imam iranien a publié un texte relatant que l’habillement incorrect de certaines femmes entraînait la corruption des jeunes hommes, augmentant ainsi le nombre de rapports sexuels illicites ce qui favoriserait l’augmentation des tremblements de terre.
Cette théorie peut faire sourire, pour autant elle a de graves conséquences sur les croyants allant jusqu’à la mise à mort de femmes innocentes.



On assiste donc à l’émergence de discours scientifiquement régressifs qui sont plus répandus que ce que l’on pourrait croire, allant même jusqu’à l’irruption de discours créationnistes en France par le biais des associations de solidarité islamistes.



En Afrique et en Océanie, on constate une arrivée massive du discours fondamentaliste, basée sur des arguments très populaires, comme la condamnation de l’évolutionnisme et de Darwin dont la théorie est caricaturée au point de faire croire aux individus qu’elle les assimile à des singes.


Intervention de Maud Lasseur
Pour compléter cette étude retrouvez l'intervention de Maud Lasseur (ATER à l’Université Jean Moulin Lyon 3, PRODIG UMR 8586) qui démontre comment géographie et cartographie peuvent être mises à contribution pour mener des actions missionnaires.

ICI
 http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2329

Pour plus de renseignements sur les Cafés Géo consultez le site Internet de l'association www.cage-geo.net





mercredi 22 février 2012

Géo-Livres. Une nouvelle géographie affective

C’est une tendance qui se dégage des rayonnages de géographie, les titres des nouveaux ouvrages sont moins protocolaires. Par exemple  "Aimez-vous la géographie ?", "La géographie n’est plus ce que vous croyez", "La géographie de nos grand-mères"…

Les géographes ont décidé semble-t-il de jouer la carte sentimentale pour parler de leur discipline qui souffre tant de désaffection. Le géographe devient poète au fur et à mesure que nous feuilletons les pages de ces nouveaux essais, jusqu’à dévoiler des « divagations sensuelles » pour certains !







Louis Albert de Broglie ; Deyrolle, Leçons de choses, Ed. Michel Lafon, octobre 2010

Rééditer des cours d’école des années 1950/1960 est la grande tendance de ces dernières années, des ouvrages sur les morales ou les dictées ont été publiés ces derniers mois. Les leçons de choses en font partie, elles rappellent l’enfance et la nostalgie des ces années. Ici la géographie vidalienne est perçue comme une madeleine de Proust, vieillot mais mignon.



Un nouveau genre de publications géographiques, à consonances affectives.
        

Enfance, vocation, sensibilité, amour, gourmandise ! Pour parler de la géographie le vocabulaire s’éloigne de celui de la science…Qu’arrive-t-il donc à ces géographes qui exposent leur passion pour la discipline ? Peut-être une volonté de dépoussiérer l’image de la géographie, de s’échapper du carcan scientifique ou tout simplement l’envie de transmettre ?

Parmi ces nouvelles publications nous retrouvons la catégorie des "amoureux".

Comme Eudes Girard et Thomas Daum avec La géographie n’est plus ce que vous croyez, Ed. Codex, 2010. Ils se présentent comme « deux jeunes géographes fous de cette discipline ». D’entrée de jeu les auteurs annoncent un nouveau genre de littérature géographique « Le livre est nourri de réflexions universitaires comme de voyages personnels, d’exemples précis comme de divagations sensuelles, cet essai tisse des liens multiples, intellectuels et gourmands et nous raccorde à un monde qui se transforme.» L’essai aborde même le chapitre de la sexualité ( !) car « partant de l’idée que la géo est un hymne parfait à la vie, cette science ne serait pas complète si elle ne s’intéressait pas à ce qui fait la source de la vie : la sexualité. » Leur ouvrage est un manifeste pour la géographie « Nous pensons, par ailleurs, que la géographie s’inscrit dans une réalité charnelle qui renvoie à tout les sens de l’homme. C’est parce qu’on l’oublie trop souvent cette vérité profonde que nous voulons ici le souligner avec force. »




Armand Frémont revendique lui aussi son amour pour la discipline, dans Aimez-vous la géographie ? Ed. Flammarion, 2005, il pose la question et lui a la réponse : « J’aime la géographie. J’ai écrit ce livre pour mieux comprendre et pour aimer. » « J’écris ce livre parce que j’aime la géographie. » « La géographie est une science. Elle est aussi sensible. »


 
La nostalgie retro



Comme on replonge dans les pots de confiture de nos grand-mères les éditeurs aiment rééditer les cartes scolaires du début du XXème siècle. Florence Guibert-Fourré professeur d’Histoire-géographie et documentaliste a publié La géographie de nos grands-mères.


Avec comme fil conducteur l’évolution de l’enseignement de la géographie dans l’école française l’auteure publie des extraits de cahiers et de travaux d’écoliers et de collégiens (leçons, dictées, cartes manuscrites) de différentes époques allant de 1920 à 2006. Le résumé reprend d’ailleurs le cliché de la géographie scolaire ennuyeuse : « Ah, le bon vieux temps ! Parlez de la géographie à l'école à une grand-mère, elle va se lancer dan un constat accablant : les enfants ne connaissent plus leurs départements, encore moins les chefs-lieux ; ils ne savent plus dessiner le contour de la France à main levée, ils sont incapables de tracer les cheminements des fleuves sur la carte, ils ignorent où la Loire prend sa source, ils ne peuvent citer la hauteur du Mont-Blanc qu'ils habitent Chambéry (et encore !...) Bref, rien ne va plus ! » Un clin d’œil taquin !




La géographie de nos grands-mères, Archives et culture, coll. Images d’autrefois, 2008.

 

Les prémices d’un nouvel élan ?

La géographie est une science en évolution constante, au fur et à mesure du développement des sociétés la discipline se réinvente et se réorganise. Pour Armand Frémont « elle est une science qui progresse chaque jour. Elle est aussi notre perception du monde, avec ses raisons, ses structures, et ses flux mais aussi avec ses beautés, ses bonheurs, ses drames, ses souffrances » (Aimez-vous la géographie ? Ed. Flammarion, 2005).

La géographie vidalienne- trop cloisonnée –n’est plus d’actualité depuis l’arrivée de la Nouvelle géographie dans les années 1980, mais depuis les années 2000 c’est maintenant un rejet ostensible de cette géographie qui a trop marqué de façon négative la discipline. Pour s’en libérer les géographes n’ont d’autres choix que d’afficher ce rejet, aux oubliettes cette géographie ! C’est d’ailleurs le titre d’Eudes Girard et Thomas Daum La géographie n’est plus ce que vous croyez, ce titre insinue qu’une nouvelle géographie se met en marche car l’ancienne « n’est plus » et non « n’est pas ce que vous croyez ». Car elle a été mais n’est plus ! Cette géographie nouvelle est « née sur les ruines de la géo de (grand) papa » et « point de grandes cartes murales, de capitales et de chefs-lieux ».


Par petites touches un nouveau genre de géographes semble émerger, leur écriture est plus sensible, poétique, à l’opposé de l’ancienne géographie vidalienne…la discipline "tue le père" pour mieux évoluer, s’adapter à notre société médiatique et émotive. Ce mouvement n’en est qu’à ses débuts et est limité à quelques géographes, mais gageons qu’ils sauront monter les quelques marches qui les éloigne de la scène médiatique.





mardi 21 février 2012

Géo-Actualités. Grèce: la crise fait tomber les arbres

Il est des conséquences auxquelles on ne pense pas et pourtant...Si la Grèce obtient une nouvelle aide financière de la part de l'Union Européenne, les forêts et l'enjeu environnemental du pays plus globalement sont de plus en plus en péril.
Car il faut bien le reconnaître qu'en période de grande crise la préservation de l'environnement n'est pas la priorité.

C'est ainsi qu'une partie de la population grecque se retrouve à abattre des arbres, des essences parfois protégées, pour pouvoir se chauffer et que des lois contre le bétonnage du littoral grec sont abrogées.



La crise grecque et l'envolée du prix du mazout font tomber les arbres!

La coupe sauvage du bois est en pleine expansion depuis plusieurs mois malgré les appels de l'Union des ingénieurs forestiers grecs. A cela s'ajoute également le démantèlement pour cause de restriction budgétaire du service de gestion forestière. En Grèce 70% des forêts appartiennent à l'Etat. La branche grecque de WWF dénonce même des réseaux de ventes illégales de bois dont les dégâts sont plus dévastateurs que la coupe de "particuliers". Le chauffage en bois est le système le plus répandu dans le pays, à chaque flambée du cours du pétrôle le phénomène apparait mais il est amplifié ici par l'endettement phénoménal du pays.

Mais c'est aussi tout le patrimoine naturel grec qui est également mis dans la balance économique. Pour éponger les dettes le gouvernement grec rabote les services publics et notamment ceux qui touchent à l'environnement. Le "Fonds vert" a été dépouillé de 95% de ses fonds soit un milliard d'euros. Pour trouver de l'argent l'Etat grec vent (selon WWF) de façon hâtive et incontrôlée les terres publiques.


A ce bilan s'ajoute aussi le vote d'une loi qui légalise les opérations immobilières autrefois illégales: notamment sur le littoral protégé. A Milos, une île des Cyclades, un projet de résidence hotelière vient d'obtenir l'agrément jusque là refusé.

 Milos
Milos

Officiellement des lieux emblématiques et autrefois protégés deviennent constructibles comme le mont Olympe ou encore la lagune Missolonghi. Osons tout de même espérer que des actes aussi grossiers ne puissent être réalisés, mais dans sa globalité la crise profitera aux promoteurs immobiliers.

jeudi 16 février 2012

Géo-Pensées. Fordlandia, une utopie ratée au coeur de l'Amazonie

C'est une réalisation folle peu connue qui allie utopie, urbanisme et culture du caoutchouc! En plein coeur de l'Amazonie brésilienne il y a plus de 80 années, l'industriel Ford a construit sa cité idéale: Forlandia.


source: visionbresil.wordpress.com


Tout a commencé dans les années 1920 dans les usines Ford du Michigan à 8000 kilomètres de là. Henry Ford l'industriel qui assemble des voitures en 90 secondes maitrise tout, sauf le caoutchouc dont il fait grande utilisation. Face à l'augmentation prodigieuse du cours du prix Ford décide de prendre le caoutchouc à la source, en Amazonie.

C'est donc au Brésil le long de la rivière Tapajos dans l'Etat du Parà  à environ 960 km de l’embouchure du fleuve Amazone qu'Henry Ford décide d'établir sa ville sur plus de 10 000 km2. 

Un gigantesque chantier se met en place, les machines les plus perfectionnées de l'époque sont amenées par bateau en plein coeur de l'Amazonie: tracteurs, médicaments, centrale électrique, locomotive...Ford bâtit sa ville idéale où jusqu'à 5 000 personnes vivront. Fordlandia a l'eau courante, des routes goudronnées, des écoles, l'hôpital le plus moderne de la région, le téléphone est installé. Les salaires sont élevés, la nourriture, les soins et l'enseigenement sont gratuits! Un Eldorado pour les brésiliens.


Lotissement à la mode américaine au coeur de la forêt amazonienne.
Source:Fordlandia: The Rise and Fall of Henry Ford's Forgotten Jungle City, G.Grandin. 


Mais l'homme d'affaire n'a pas tenu compte des contraintes locales, on ne vit pas en Amazonie comme en Amérique...Sa ville a tourné au désastre.

Tout d'abord le paludisme y fait des ravages, un homme par jour en meurt. Ensuite la culture de l'hévéa qui fournit le caoutchouc est minutieuse et aucun des cadres de Ford ne la connait. Trois millions et demi d'hévéas ont été plantés le long de la rive du rio Tapajos pour un rendement ridicule. La production annuelle ne permet même pas d'assurer le besoin en caoutchouc d'une journée de production de l'usine de Détroit!
Des millions de dollars ont été dépensés pour replanter par trois fois les arbres sans succès. Les arbres à caoutchouc plantés trop près les uns des autres sont envahis par les chenilles.

En 1945 le petit-fils d'Henri Ford décida de rendre le territoire et sa ville au gouvernement brésilien...qui n'en fit rien. La ville est maintenant à l'abandon, reprise peu à peu par la jungle et rongée par l'extrême humidité du climat tropical.


Source:Fordlandia: The Rise and Fall of Henry Ford's Forgotten Jungle City, G.Grandin.

Fordlandia livrée à elle-même dans la jungle amazonienne. Vestiges d'un rêve de modernité à l'américaine. 


Régulièrement l'échec de Forlandia est exhumé par les médias, c'est le cas ce jeudi 16 février. Arte diffuse le documentaire de Christiane von Schwind "Forlandia: le grand fiasco d'Henry Ford". A voir aussi en replay sur leur site Internet.ee de Christiane von Schwin




mercredi 15 février 2012

Géo-Actualités. Eruption de l'Etna, la lave et la neige.


Le célèbre volcan sicilien est à nouveau entré en éruption la semaine dernière, la deuxième fois depuis le début de l'année 2012. Cette activité fait de l'Etna le volcan le plus actif au monde, et si près de nous! Une occasion rare de pouvoir observer un de ces phénomènes naturels les plus impressionnants qui soit. En ce mois de février et cette vague de froid les fontaines de lave contrastent avec les pentes enneigées du volcan. Un panorama rare!

L' Etna est situé sur la côte orientale de l'île de la Sicile, dans le nord de la province de Catane. Il est bordé à l'Est par la mer Ionienne. L'Etna est aussi le massif le plus important de l'Italie et le volcan le plus haut d'Europe. Son altitude varie en fonction des éruptions! Pour l'instant elle est de 3 330 mètres d'altitude.


L'Etna (A) à l'Est de l'île de la Sicile, à la pointe de la botte italienne. (credit Google Maps)
Les éruptions de l'Etna restent inoffensives pour la population proche mais le risque majeur sur ce volcan demeure l’occurrence à moyen terme d’une éruption excentrique, c’est à dire sur les basses pentes du volcan, là où la densité de population est très élevée. La dernière de ce type s’est produite en 1669 et a entraîné la destruction partielle de la ville de Catane. Comme tous les volcans, ses pentes sont très fertiles et ont attiré la population.
Il est possible de suivre l'activité sismique du volcan en direct sur le site de ce passionné: http://www.volcans.info/acivite_sismique.htm 

En attendant de nouvelles activités sismiques, nous pouvons régaler nos yeux  de ces clichés rares de lave et de neige. En toute sécurité!

 La ville de Catane au pied de l'Etna. Credit photo: Euronews

 La ville de Catane au pied de l'Etna. Credit photo: Reuters


Une alliance rare de lave et de neige. Credit photo: Reuters.


vendredi 10 février 2012

Voir au-delà des paysages. Une photo de la Californie dans une pub pour...la Picardie!

Ou quand la publicité fait fi de la géographie.

C'est une histoire aussi drôle qu'absurde, révélée par un spectateur averti qui sait voir au-delà des paysages... La région Picardie a lancé il y a peu une campagne publicitaire pour promouvoir sa "route touristique du Champagne". Seul hic, le paysage utilisé comme illustration est un vignoble...californien! Bien loin des vignes de l'Aisne.



Les vignobles californiens en photo dans l'aéroport de Beauvais pour faire la promotion des vignobles de Champagne. Crédit photo: Courrier picard.

Au lieu de prendre un cliché sur place, le Comité régional du tourisme de Picardie a préféré acheter une photographie américaine. Une tromperie géographique détectée par le regard perspicace d'un photographe, Mario Fourmy. 

Il explique comment il a découvert la supercherie sur le site de l'association  PAJ (Photographes-auteurs-journalistes) dont il est le président et raconte comment il a découvert l'imposture: «Je rentre par avion et me pose à l'aéroport de Beauvais-Tillé. Dans la salle de récupération des bagages du Terminal 2 se trouve une très grande affiche faisant la promotion du champagne de la région de Picardie à moins de deux heures de l'aéroport. La photographie, utilisée sur cette affiche, m'interpelle par ses vallonnements inhabituels…» 

Intrigué le photographe relève le nom de l'agence de photographie et découvre que le paysage qui représente les vignobles de Champagne est un cliché de la Napa Valley en Californie, autrement dit un autre climat, un autre cépage, une autre topographie...Rien à voir. Le Courrier Picard  a demandé des explications au principal intéressé le Comité de Tourisme Picard.
 Il est précisé que, pour des questions de délais, il n'avait pas été possible de faire une commande à un photographe local. D'où une «exception», d'après le comité: le recours à une banque d'images Getty et d' «assumer le choix de l'illustration». 

Un accident photo-géographique regrettable alors que 70 à 80% des communes de l'Aisne sont recouvertes de vignobles de Champagne.
Un nouvel exemple du marketing de l'image alors que les paysages représentent bien plus qu'une esthétique mais une Histoire et une évolution.


 


jeudi 9 février 2012

Géo-Livres. Carto, l'actualité décryptée par les cartes!

Il existe peu de revues géographiques, heureusement des initiatives voient le jour comme ce magazine: Carto, le monde en cartes.


Cette revue bimestrielle a été créée en Juin 2010, le magazine analyse l’actualité des trois derniers mois uniquement avec l’outil cartographique. Dans chaque numéro un dossier est consacré à une enquête (par exemple les tendances des migrations), l’actualité de six régions du monde est abordée (l’Europe, les Amériques, l’Afrique, l’Asie-Océanie, les Pôles et le Moyen-Orient) auxquels s’ajoute une rubrique sur les enjeux internationaux.
Avec les cartes, le magazine aborde aussi bien la géopolitique que les problèmes environnementaux ou économiques, la géographie est abordée ici dans toute sa globalité.
Le magazine approfondit même la discipline avec deux rubriques qui mettent en valeur l’originalité de la géographie, L’œil du cartographe repère les subterfuges et les mensonges que véhiculent certains cartographes, les contradictions possibles sur un même sujet ; etInsolito Carto montre les représentations véhiculées par la cartographie, par exemple les cartes du monde sino-centrées bien différentes de la vision française.
Original, moderne et agréable à lire, le magazine Carto est une réussite dans l’univers des médias géographiques.
Le projet a été porté par Franck Tétard, ancien rédacteur en chef, il est maître de conférences de géographie à Sciences-Po Paris, mais c’est surtout l'un des co-auteurs de l'émission Le Dessous des cartes diffusée sur ARTE, Franck Tétard a également participé à l’élaboration des deux atlas tirés de l’émission. Venu au Festival International de Géographie en 2010 pour présenter sa revue, Franck Tétard nous a expliqué la naissance de ce projet. Fort de son expérience au Dessous des cartes, il a convaincu Alexis Bautzmann, le fondateur du groupe de presse Areion, de se lancer dans cette aventure cartographique ! Alexis Bautzmann étant entre autre Docteur ès sciences géographiques et le directeur du Centre d'analyse et de prévision des risques internationaux(CAPRI), il a été d’autant plus facilement convaincu de la pertinence du projet.
Pour le premier numéro de Carto,15 000 exemplaires ont été tirés, 6 000 se sont vendus, un bon chiffre d’après le rédacteur en chef du magazine. Si le public suit Carto, le magazine pourrait connaitre un beau succès, seul son prix de 10.95 euros et la difficulté de le trouver dans des presses pourraient freiner son essor.

Mais la qualité vaut bien ça....Pour 5 Voici vous avez un Carto!



mercredi 8 février 2012

Géo-Actualités. Que penser de la hausse du niveau des océans?

C'est un objet d'inquiétude pour les populations, une menace largement relayée par les médias, le niveau des océans et mer pourrait monter de 20 à 80 cm au cours du XXIème siècle. C'est une étude du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), un organisme largement contesté mais qui a soulevé la problématique.

Alors qu'en penser, nous qui ne sommes pas experts? Et bien partons nous informer!


Littoral mexicain côte Pacifique.


Le littoral est l'espace qui relie la Terre à la mer, c'est le territoire qui est en contact avec la mer. (C'est en soi une zone complexe à délimiter sur laquelle les géographes ne sont pas tous d'accord).

D'après le GIEC le réchauffement climatique, la fonte de la banquise, la dilatation de l'eau seront les causes de cette hausse du niveau des eaux. A l'échelle du temps de la Terre les océans et mers ont toujours varié en fonction des périodes glaciaires et autres phénomènes géomorphologiques. A savoir que nous sommes dans une période interglaciaire (climat tempéré) et nous dirigeons dans plusieurs dizaines de milliers d'années vers une période de glaciation.

L'équation réchauffement du climat = montée des eaux n'est pas si simple et prend en compte de nombreux autres facteurs.

Pour déméler tout ça deux rendez-vous scientifiques peuvent nous aider...

1/ Ce vendredi 8 février 2012 Sur France Culture de 14h à 14h30 l'émission de géographie "Planète Terre" se consacre à cette problématique et ces enjeux.


"Un cinquième de la population mondiale vit, selon une occupation différenciée, sur les façades littorales. Avec leurs mégapoles et leurs ports, elles sont les écrins des coeurs battants de l'économie-monde. Parcs naturels et paysages idylliques en font des foyers touristiques intenses. Quels sont les scénarios vraisemblables de montée du niveau des mers induit par le réchauffement global? Où sont localisées les côtes et les îles les plus vulnérables, et pourquoi ? Comment les géographes, les ingénieurs et l'ensemble de la communauté scientifique travaillent-ils avec les sociétés sur leurs territoires à des stratégies d'adaptation à ces impacts différenciés ? "
Sylvain Kahn a deux invités géogrpahes: Virginie Duvat et Alexandre Magnan. Ils publient ce 10 février Ces îles qui pourraient disparaître aux éditions Le pommier.

Plus d'infos ou pour ré-écouter cette émission ici : http://www.franceculture.fr/emission-planete-terre




2/ La Cité des sciences de Paris proposent une grande exposition "L'océan, le climat et nous".

 

Vous pourrez y apprendre entre autre comment les océans se modifient, quelle est la part d'influence du climat sur les océans...Et quelles solutions pour les populations des littoraux.

L'exposition démarre le 6 avril jusqu'à la fin juin 2012. Plus d'infos ici:

Voilà de quoi enrichir nos propos et nous faire notre propre idée!



lundi 6 février 2012

Géo-Actualités. La météo et le catastrophisme

SoloGéo vous parlait d'Emmanuel Garnier et son excellent ouvrage sur les dérangements climatiques dans l'Histoire de la France.



Le Figaro l'a interviewé au sujet de la vague de froid qui sévit depuis une semaine et l'importance que cela prend dans les médias. Une bonne interview pour relativiser les aléas de la météo.

http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/02/03/01008-20120203ARTFIG00690-en-france-la-meteo-suscite-le-catastrophisme.php

Géo-Pensées. La France cherche son centre!

La gauche, la droite,  le centre, la campagne, ah non on ne parle pas de géographie mais de politique! Si nous schématisons avec les points cardinaux l'Est et l'Ouest sont la droite et la gauche, mais où est le Centre? En clin d'oeil à cette actualité électorale partons à la recherche du centre de la France, c'est à dire le lieu qui est à égale distance des frontières du pays.

Par où commencer? Forcément par la région Centre qui porte bien son nom. Six départements: l'Indre, le Cher, le Loir-et-Cher, l'Eure-et-Loir, l'Indre-et-Loir et le Loiret. 

 

Le département gagnant est le Cher! Trois villages de ce département revendiquent le titre de Centre de la France (A, B et C sur la carte ci-dessous).



Trois villages du Cher revendiquent le titre de Centre de la France

Le premier village est le plus ancien a avoir reçu cette distinction, il s'agit de Bruère Allichamps. C'est en 1799 que le centre du pays a été calculé ici, il est symbolisé par cette borne qui date de l'époque gallo-romaine.


Borne de Bruère.


Pour ceux qui voudraient vérifier voici le calcul (complexe!): 

« Le Centre de la France est compris entre les deux latitudes et les deux longitudes entre lesquelles pourrait s'inscrire la plus petite figure semblable à la France. Ce point est entre 46°51'32" et 46°40'02" de latitude et 0° et 0°10'33" de longitude orientale. Si l'on suppose un quadrilatère construit avec 4 points et dans lequel tient la France, le Centre sera l'intersection des 2 médianes. L'une de ces médianes se confond avec le méridien passant par 0°5'15" de longitude est, et l'autre avec le parallèle situé à 46°45'47" de latitude. Ce point, situé à égale distance du nord et du sud de la France, de l'est et de l'ouest de la France, est situé à Bruère-Allichamps. »



Malheureusement pour cette commune les systèmes de calculs ont changé, les frontières ont évolué et on s'est rendu compte que ni la Savoie, ni le Comté de Nice et encore moins la Corse n'avaient été pris en compte! Il a donc fallu recommencer.

                                                    

Le second calcul réalisé en 1923 attribue le centre à  la commune de Saulzais-le-potier, à quelques kilomètres de Bruère...Puis en 1957 c'est à Vesdun un peu plus loin qu'est établit le nouveau centre de la France! Les calculs diffèrent, prennent en compte la Corse puis d'autres îles côtières, d'autres communes se proclament au centre du Centre.


                                           Le symbole du centre à Vesdun.


 Bref personne n'est d'accord, un peu comme en politique?

jeudi 2 février 2012

Géo-Pensées. La géo à la TV, vous en pensez quoi?



On voit de tout à la télé! Et la géographie? A-t-elle une place, même petite?


Immédiatement nous pensons à ces belles images de paysages, ces récits de voyage et sujets de sociétés dans des pays que nous ne connaissons pas. Malheureusement si ça en a l'apparence ce ne sont pas des émissions de géographie. Il ne suffit pas de montrer des paysages et des coutumes locales pour faire de la géo, il faut aussi une réflexion par rapport au territoire.


C'est la différence entre une émission de voyage et par exemple Le dessous des cartes, l'émission de géopolitique la plus connue du public qu'ARTE diffuse depuis près de vingt ans .


Pour une enquête sur la diffusion de la géographie menée en 2009 sur un échantillon du grand public, il leur a été demandé de citer une émission télévisée de géographie, s'ils en connaissaient.
Seulement les trois-quarts des enquêtés se sont sentis capables de donner des noms d’émissions qu’ils jugeaient géographiques. L’émission la plus connue est « Le dessous des Cartes », cité par plus de la moitié des enquêtés : c’est la référence d’émission géographique. « Le dessous des cartes » présenté par Jean-Christophe Victor est aussi une des plus anciennes émissions du service public, elle est diffusée depuis 1990.
Les émissions citées par la suite sont essentiellement des émissions de société ou environnement. « Thalassa »Des racines et des ailes », « La Terre vue du ciel » et« C'est pas sorcier» . « Des racines et des ailes » est une émission qui se définit elle-même (sur son site Internet) comme un magazine de reportages « consacrés à la sauvegarde du patrimoine, à la transmission du savoir ou aux métiers d’arts». « C’est pas sorcier » traite parfois de thématiques géographiques et le fait bien, mais ce n’est pas une émission de géographie à proprement parler. Vous voyez il n'y a pas tellement d'émissions de géo!

Pour ma part je citerai aussi Un oeil sur la planète de France 2, une émission de géopolitique trimestrielle diffusée en deuxième partie de soirée, mais elle se fait rare!
Et pour vous, quelles émissions sont du ressort de la géographie? Pensez-vous qu'il y en a assez?

mercredi 1 février 2012

Géo-Actualités. Brrrr et glagla, décryptage de la vague de froid avec la climatologie

On le dit, on le répète, on l'entend toute la journée, il fait froid en France! Des températures qui ne dépasseront que rarement la barre des - 10 degrés, des rayons de soleil qui ne nous réchaufferont pas, mais d'où cette vague de froid vient-elle?

La climatologie est là pour vous le dire!


Après la neige, le froid! Et sous le soleil parfois. Sans nuages la température descend.

Vous l'avez très certainement entendu dans les médias la vague de froid vient de Sibérie, qu'est-ce que cela veut dire?

La climatologie s'apparente parfois à un puzzle, les masses d'air (chaudes ou froides), les anticyclones et dépressions se repoussent, se déplacent. Quand un anticyclone s'installe sur une région cela a des conséquences à des milliers de kilomètres de là.

Le climat hivernal en France est souvent caractérisé par des vents violents venant de l'Ouest qui repoussent l'air froid de l'Asie et nous amènent la chaleur stockée pendant l'été dans la couche superficielle de l'océan. C'est ce qui nous vaut un climat tempéré.

L'air froid peut être plus ou moins dirigé vers la France selon différents scénarios, l'un d'eux est d'origine continentale (Sibérie). Des zones de hautes pressions (anticyclone) en Sibérie poussent l'air froid vers l'Europe de l'Ouest, les prévisionnistes appellent ça le Moscou-Paris. C'est ce qui nous arrive en ce moment.




Cette masse d'air très froide est de plus accompagnée par des vents continentaux d'Est, des régions ayant déjà été refroidies auparavant! Un double effet qui nous amène ce week-end des températures ressenties de l'ordre de -15 à -20 degrés! Les habitants de Lyon ressentiront un froid de l'ordre de -20 degrés, -15 à Marseille et -16 à la Rochelle!
C'est ce que les météorologues appellent un froid éolien, nous perdons en moyenne un degré de température en ressenti par 10 kilomètre heure de vent.

Pour l'instant les météorologues français ne voient pas la fin de ce phénomène climatique, il ne faut pas pour autant s'affoler! Certains se remémorent déjà l'hiver 1956 où une vague de grand froid avait duré un mois. Il faut être prudent avec les termes de records et "on avait jamais vu ça" qui affolent le public. Les observations météorologiques n'existent que depuis 1854. Un siècle et demi ce n'est rien à l'échelle du temps de la Terre. En terme climatique l'Hiver dure cinq mois, il s'étale sur un temps long avec des variations constantes. C'est une image enfantine que d'attendre un automne avec des feuilles rouges qui tombent, un hiver froid et des étés ensoleillés et chauds. Le climat et la Terre ne peuvent être si régulier.

Pour vous faire une idée, un excellent ouvrage recense toutes les catastrophes naturelles et climatiques de la France depuis le 16 ème siècle: « Les Dérangements du temps » d'Emmanuel Garnier. (éd. Plon, 245 p., 22 euros)





Agrégé d'histoire et maître de conférences, Emmanuel Garnier consacre ses recherches à l'Histoire du climat au sein du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement.

"Il a étudié plusieurs siècles de témoignages manuscrits: registres paroissiaux, "livres de raisons", carnets intimes en prise directe avec les soucis économiques, des champs, de la santé...C'est ainsi que l'on apprend que les générations passées "en ont bavé", que nos secousses modernes ne les ont pas épargnés (tempêtes extrêmes, canicules accablantes, vagues de froid intenses, sécheresses s'étalant parfois sur plusieurs années, catastrophes parfois pilotées par des éruptions volcaniques majeures, très loin de chez nous...). Elles furent d'autant plus féroces que l'agriculture, l'économie étaient fragiles, les transports lents et peu efficaces, le dispositif sanitaire rudimentaire. Accablées, les foules d'abord résignées sous la férule de l'Eglise, n'ayant pour espoir que les prières et processions, s'en prirent plus tard aux politiques, jusqu'à provoquer des émeutes, peut-être la Révolution..."


Un bon livre à lire au chaud!